Pêle-mêle des photos du jour.

L’ascension de ce "petit" sommet de 2207 m ne présente aucune difficulté technique, mais revêt un intérêt sentimental tout particulier. Ma conversion, somme toute récente, à la pratique sportive m’offre ainsi une chance inédite d’effectuer un véritable retour aux sources.

Nous partons rapidement après le repas, vers 15h30, munis de nos porte bidons et bâtons, en descendant directement sur les traces de mon grand-père, qui, pendant des années, effectuait, six jours sur sept, ses tournées de facteur à pied, soit une quinzaine de kilomètres, au travers des hameaux de Montrond et de Saint-Jean-d’Arves, où se trouvait le bureau de poste.

La descente jusqu’à Belleville, par ce sentier désormais laissé à l’abandon, n’est pas une sinécure, à travers ronces et branches de conifères, qui m’écorchent à peu près partout où mon corps est à découvert. Mon père, toujours un brin plus agile que moi en descente, me devance légèrement, mais semble lui aussi à la peine. Quand on pense que le sentier est toujours indiqué sur les cartes IGN… Il nous faudra plus de dix minutes pour rejoindre la route en contrebas, à hauteur du hameau de Belleville.


L'ancien chemin de Montrond à Belleville passait dans cette forêt dense.

Là, nous traversons l’Arvan, puis empruntons un sentier qui monte aux Sallanches, en passant par l’ancienne chapelle de ce hameau de Saint Jean d’Arves. Nous prenons ensuite la route qui surplombe le Viaduc des Sallanches et les ruines de l’ancien tunnel que cet ouvrage d’art a remplacé il y a une quinzaine d’années maintenant. Nous empruntons un tunnel assez court et encore éclairé, puis atteignons enfin le chemin forestier qui doit nous mener jusqu’à la Combe Génin, Ce sentier, d’abord très large et probablement accessible aux 4x4, monte régulièrement dans la forêt de l’Outraz sur cinq longs lacets, en se rétrécissant peu à peu.


Mon père dans la montée vers les Sallanches.


L'ancienne chapelle des Sallanches.


Mon père va s'engouffrer dans le tunnel au-dessus des Sallanches.

A chaque lacet, j’immortalise avec mon appareil photo la vue qui m’offre à moi vers le Sud, avec les célèbres Aiguilles d’Arves qui dominent, majestueuses, Montrond et ses hameaux de la Ville, où se trouve la maison des grands-parents, et du Chalmieu, dernier hameau desservi par une route sans issue. Chaque point de vue offre un spectacle très différent du précédent, depuis l’image traditionnelle de carte postale jusqu’à des plans plus larges où le Crêt de la Feisse, Bonventre et la crête de Chenallin apparaissent bien petits comparés aux Aiguilles d’Arves.


Montrond, au pied des Aiguilles d'Arves.


Une vue que l'on retrouve souvent en carte postale.
L'église de Montrond est une des plus photographiées de Maurienne. La faute à la tête de chat, sûrement ;-)


Montrond (la Ville et le Chalmieu), avec le Crêt de la Feisse (à gauche) et la crête de Chenallin (à droite).


Bonventre, au centre, dominé largement par les Aiguilles.


Mon père, à l'assaut de cette belle colline.


Depuis le haut de la forêt de l'Outraz. La perspective a totalement changé depuis les premiers lacets.


1h15' ? Au pas de course, ça devrait être bouclé en une petite demi-heure ;-)

Après le dernier lacet, les choses sérieuses commencent, avec un sentier qui part droit dans une pente abrupte au milieu des sapins, vers l’arête qui domine la Combe Génin et ses fameuses cheminées de fées. Au col de la Combe Génin, à 2159 m, la vue sur ces pics rocheux appelés également Demoiselles coiffées est saisissante : hors de question d’en faire un terrain de jeux… Un panneau indique que le Mont Charvin n’est plus qu’à dix minutes de marche. Nous touchons au but.


Le petit raidillon final, peu impressionnant vu d'en bas...


... mais beaucoup plus vu d'en haut !


La perspective aplatie change décidément tout.


Les fameuses Cheminées de fées, ou Demoiselles coiffées. Mieux vaut ne pas jouer autour...


10' ? Nous y sommes. On aperçoit d'ailleurs le sommet à gauche.

En effet, nous atteignons rapidement la borne qui indique, à 2207 m, que de ce site, nous pouvons apercevoir quinze clochers de la Vallée de l’Arvan. Nous n’essaierons pas de les compter, car nous sommes attendus pour l’apéritif, mais nous profitons tout de même du panorama magnifique qui s’offre à nous. Quel bonheur de se trouver là, au sommet d’une petite montagne qui porte son nom… Satisfaction de l’ego et délices visuels me grisent. C’est dans de tels moments que j’apprécie le plus d’avoir troqué ma vie de sédentaire pour celle de sportif passionné à défaut d’être performant.


Ca y est. Nous ferons confiance au panneau pour les quinze clochers...


Mon père me rejoint au sommet.


Vue sur les hameaux de Saint Jean d'Arves.


Saint Sorlin d'Arves, l'Etendard et la Croix de Fer.


Le Corbier et la Toussuire.


Saint Jean de Maurienne et ses carrières.

 
Albiez et la Pointe d'Emy.


Les Aiguilles, qui dominent Bonventre et la crête de Chenallin, avec le Mont Falcon.


L'Castor Junior devant les Aiguilles d'Arves et, sur la droite, les Aiguilles de la Saussaz.


Notre équipement veille...

La redescente
Nous entamons la descente par les mêmes arête et raidillon qu’à la montée, mais bifurquons, au croisement avec le sentier large, sur la droite, pour descendre plus rapidement, à travers la forêt, vers le Villard par la Ramettaz. Cette descente, sur un chemin de terre en plein milieu des arbres, me convient parfaitement, et je parviens, fait rare, à devancer assez nettement mon père.


De l'avant vers l'arrière : la Combe Génin et les Cheminées de fées, la crête de Chenallin, Bonventre, les Aiguilles d'Arves et celles de la Saussaz.


On se sent soudain si petit...


Nous optons pour la descente rapide vers la Ramettaz.


Quel plaisir de pouvoir descendre facilement...

Arrivés en lisière de forêt, nous coupons à travers champs jusqu’à la Charrière, puis la Cliétaz et les Sallanches, où je croise deux habitants qui nous avaient aperçu lors de l’ascension, et qui sont surpris que l’on puisse courir ainsi après être monté, comme ils semblent le deviner, au sommet de cette montagne qui les domine au quotidien.


Un chasseur s'est-il fourvoyé en perçant le panneau ?


La descente, à travers champs, vers la Cliétaz.


Perspective inhabituelle sur Montrond, avec la Ville et le Chalmieu.


Montrond vu du ciel, ou presque...


Retour rapide vers les Sallanches.

Ayant pris une avance certaine sur mon père, je décide de continuer la descente vers Belleville, afin de pouvoir pallier une éventuelle défaillance de ma part dans la remontée vers Montrond. Probablement un peu maso, je décide de prendre le chemin qui m’avait posé tant de difficultés à la descente. Après avoir difficilement gravi les premières dizaines de mètres, j’entends mon père m’annoncer qu’il préfère, de son côté, remonter au travers des prés, bien plus praticables.

C’est donc seul que je vais tâcher de suivre scrupuleusement les moindres traces, souvent infimes, du vieux chemin qu’empruntait mon grand-père. L’exercice m’apparaît encore plus difficile qu’à la descente, car je suis là les moindres lacets encore perceptibles, et suis donc obligé de lutter avec des ronces et des arbres qui ont totalement repris le contrôle de ce sentier abandonné. J’aperçois quelques vestiges de l’occupation humaine, avec notamment un vieux réservoir a priori totalement délaissé. Je ne compte plus les écorchures, et ne les sens d’ailleurs plus vraiment, car j’ai le sentiment de vivre intérieurement quelque chose de très fort, comme une rencontre imaginaire avec un être cher.

Un coup d’œil à ma montre m’indique que je ne serai décidément pas à l’heure pour l’apéritif, mais qu’importe : je suis heureux ! Les parents et amis sont déjà là, qui viennent fêter ainsi les quatre-vingts ans de ma grand-mère, et, pour ceux qui ne m’ont pas vu depuis quelques années, la surprise est grande. Jamais ils ne m’auraient imaginé capable de faire cette ascension qui m’est finalement, (petite) expérience aidant, apparue assez facile.


La Combe Génin vue de Montrond.

Après une douche indispensable et salvatrice, je suis prêt à me joindre à eux, mon père m’ayant, grâce à son raccourci bien plus raisonnable, devancé d’une bonne dizaine de minutes.









Amis et parents à l'apéritif, devant l'ancienne maison de mes grands-parents, où la cuisine côtoyait l'écurie.
Ca y est : la boucle est bouclée, et le photographe photographié...

Bilan de cette sortie : 2h41’ pour 14,1 km et 1709 m de D+, avec une ascension de 1000 m en 75’. En plus d’avoir été une expérience personnelle forte, cette balade aura certainement été un bon entraînement pour le CCC qui m’attend en fin de semaine…

L’Castor Junior